
"Le tableau d'un drapeau traite toujours d'un drapeau; mais il ne traite pas davantage d'un drapeau que d'un trait de pinceau, d'une couleur ou de la constitution physique de la peintre utilisée. C'est du moins mon avis. "
Par ces mots, Jasper Johns souligna la primeur accordée à la re-création et à la perception dans son oeuvre. Ainsi " il y a eu deux manières d'interpréter (ses) tableaux. La première est : ' Il a peint un drapeau de manière à ce qu'on ne le voie pas comme un drapeau, mais comme une peinture.' La seconde est : ' La façon dont il a peint le drapeau fait qu'on peut le voir comme un drapeau, et non pas comme une peinture ".
Jasper Johns réalisa Flag, ce drapeau- tableau,tableau-drapeau en 1955 et réussit avec lui à dissocier représentation et interprétation en opérant une nette séparation entre l'objet peint et les réflexions personnelles qu'il peut amener.
Pour lui, c'est de la contemplation que naît le sens et non pas l'inverse. Il a ainsi cherché à ce que ces toiles ne dévoilent rien de ses sentiments et y parvint en travaillent à partir de la forme physique d'une chose en la libérant alors de tous préjugés.
Il croyait en effet que " tout art qui se propose de dire quelque chose est condamné à l'échec. La déclaration définitive ne doit pas être consciente, elle doit se mettre en place d'elle-même." Johns a d'ailleurs peint le drapeau américain avec un nombre changeant d'étoiles, mais jamais le réel, car ce sont bien "les nuances, les modulations qui (l') ont intéressé, un jeu entre la pensée, la vie, le dire et le rien".
Et cette peinture à l'américaine, comme l'appelait
le critique d'art Clement Greenberg, intéresse et fascine encore aujourd'hui. Pour preuve, une exposition sur l'utilisation de la couleur grise par Jasper Johns vient de se tenir, jusqu'au 4 mars dernier, au Metropolitan Museum of Art.
Et bien que ce soit aux pin-ups des années 60 plus qu'à l'oeuvre de cet artiste que se réfère la collection printemps/été Chanel de cette année, on ne peut que se rappeler Flag face aux silhouettes enveloppées par le drapeau américain une fois de plus réinterprétés librement. C'est pour moi une invitation, bien que probablement inconsciente, à redécouvrir le travail de cet artiste majeur du Pop art que nous a lancée Karl Lagerfeld.

( Photo Flag : Museum of modern art, photo Chanel : vogue.fr )